une œuvre qui se construit pas à pas et pièce à pièce

Propositions des alliés de la Fabrique des transitions aux équipes candidates à la Présidence et aux législatives

Osons les territoires !

Pierre Calame

Ce document, initié par Pierre Calame puis corédigé par des alliés de la Fabrique des transitions et d’autres partenaires, présente des propositions pour nourrir le débat démocratique et introduire la notion d’obligation de résultat dans les programmes politiques à l’aune des élections respectivement en avril et juin 2022.

À télécharger : cahier_des_propositions_pour_les_presidentielles_19janvier2022.pdf (890 Kio)

2022 : élections présidentielles et législatives en France ; présidence française de l’Union européenne ; trentième anniversaire du sommet de la Terre de Rio. La France, l’Europe, le monde. Trois échéances importantes. Les perspectives proposées aujourd’hui au peuple français sont-elles à la hauteur ? Hélas non.

Or, à laisser sans réponse les grands défis de notre temps, faute de l’imagination, du courage et de la détermination nécessaires pour concevoir et conduire la transition vers des sociétés socialement et écologiquement durables, nos dirigeants politiques font douter la société, et en particulier les jeunes, de leurs capacités ! Plus grave encore, ils font douter de la capacité des démocraties à relever ces défis.

Pour conjurer ces risques, les alliés soussignés de la Fabrique des transitions, divers par leurs opinions et engagements politiques, prenant au sérieux ces trois échéances de 2022, ont voulu apporter leur contribution, ouvrir de nouvelles voies.

La Fabrique des transitions est convaincue que les territoires, bassins de vie, lieux d’enracinement concret de la société, espaces de coopération entre ses différents acteurs, sont appelés à jouer un rôle majeur dans la conduite de la transition. Il faut penser le monde à partir des territoires, pour agir à la fois localement et globalement.

Albert Einstein faisait observer que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avons utilisée lorsque nous les avons créés. Nous partageons ce diagnostic. C’est tout le système de pensée sur l’économie, la gouvernance, le droit, les relations entre les sociétés, qu’il faut transformer, en rompant avec la logique de domination qui structure nos rapports sociaux et notre rapport à la nature ; c’est tout le système d’acteurs hérités des siècles précédents à commencer par le fonctionnement de l’État, qu’il faut repenser.

Ces ruptures sont profondes. Elles nécessitent lucidité et courage politique, perspectives à long terme et premières étapes. Elles sont à notre portée.

Nos propositions comportent trois volets :

  • une vision et une boussole, seules capables de mobiliser les énergies et les différentes générations autour d’un projet fédérateur à long terme ; et, pour traduire concrètement cette vision à un horizon de cinq ans :

  • les conditions à réunir pour faire des territoires des acteurs pivot de la transition

  • la réforme des politiques françaises et européennes au service du bien commun

A. Une vision et une boussole : reconstruire la relation.

La première responsabilité d’un candidat à la magistrature suprême est de proposer à la société une vision et une boussole. Les visions portées aujourd’hui par les différents candidats ne sont pas à la hauteur : aucune ne propose les ruptures majeures sur l’État, la gouvernance, l’économie, le droit, notre rapport au vivant, sans lesquelles nous irons à la catastrophe.

 

B. Les conditions à réunir pour faire des territoires des acteurs pivot de la transition.

Dans le contexte français, où la ressource fiscale va essentiellement à l’État et où une longue tradition de centralisation a fait des collectivités territoriales des

acteurs à l’autonomie et aux moyens très limités, il faut : doter les territoires des compétences et des moyens humains nécessaires pour les mettre en mesure d’assumer leur nouveau rôle ; entreprendre une profonde réforme culturelle de l’État,

appelé à devenir partenaire et non tuteur des territoires, fixant des orientations plutôt que des normes uniformes ; adopter, comme l’Union européenne, les principes et méthodes d’une gouvernance à multi-niveaux fondant l’action publique sur la coopération entre les différentes échelles de gouvernance.

 

C. La réforme des politiques françaises et européennes au service du bien commun.

Les stratégies territoriales de transition ne suffisent pas à construire un modèle viable, assurant à tous un bien-être dans le respect des limites de la biosphère. Il faut les compléter par des transformations structurelles de l’économie, de la gouvernance et des relations internationales :

  • le système économique et monétaire doit être conforme à ce que l’on appelait autrefois « l’œconomie » : un mode de gestion qui concilie bien-être pour tous et respect des limites de la biosphère. Pour cela, il faut découpler la consommation d’énergie fossile et le développement du travail et de la créativité humaines ;

  • la gouvernance ne peut plus s’entendre que du local au mondial tant nos interdépendances sont profondes et irréversibles avec les autres sociétés. La responsabilité est au cœur de l’éthique au vingt et unième siècle et au fondement d’un nouveau contrat social ;

  • les relations entre régions du monde ne peuvent plus reposer sur la souveraineté des États, un droit mondial de la responsabilité doit s’imposer à tous les acteurs publics et privés et le commerce international mis au service de filières durables.