une œuvre qui se construit pas à pas et pièce à pièce

Les biens communs essentiels et insubstituables à la vie

Jean-Pascal Derumier

« Dans nos sociétés, où tout repose sur le droit, ce qui doit préexister c’est la reconnaissance du droit. Or le droit (mondial) susceptible de reconnaître l’existence de biens communs essentiels à la vie et d’en encadrer l’usage reste encore largement à construire. »

Réflexion par Jean Pascal Derumier autour de l’eau - ce « bien commun emblématique » - inspirée des œuvres de Riccardo Petrella et sa défence de la nécessité de permettre un accès inconditionnel aux biens communs jugés essentiels à la vie.

L’eau pose la question du vivre ensemble et est une affaire de citoyenneté impliquant un haut degré de démocratie aux niveaux local, national, mondial, écrit Jean Pascal Derumier.

À télécharger : 9_les_biens_communs_essentiels_et_insubstituables_a_la_vie.pdf (480 Kio)

La crise sanitaire, dont les enjeux mondiaux étaient d’évidence, présentait une belle occasion d’ouvrir un débat sur des possibles biens (communs) publics mondiaux en matière de santé. Or, le 23 octobre 2020, l’OMC (Organisation mondiale du commerce) a rejeté la demande présentée par l’Afrique du Sud et l’Inde, soutenue par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et d’autres pays du sud de suspendre provisoirement l’application des règles concernant les brevets dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Cette crise, et les évidences qu’elle soulevait, a aussi conduit le collectif « Agora des habitants de la terre » à partir en campagne pour défendre le droit à la santé de tous les habitants de la Terre et plus largement le concept de biens publics mondiaux :

Extraits du texte « Défendre le droit à la santé de tous les habitants de la Terre »1

Comme l’on sait, les brevets sur le vivant ont été autorisés pour la première fois de l’histoire par la Cour suprême des États-Unis en 1990 et puis par l’Union européenne en 1998, malgré de fortes oppositions à travers le monde de la part d’un très grand nombre d’associations de la société civile en révolte contre la marchandisation et la privatisation du vivant. Or, les brevets octroient aux entreprises privées le droit de propriété et d’usage exclusif à but lucratif pendant 20 ans sur les organismes vivants (molécules, cellules, gènes… et leurs produits, tels que médicaments, vaccins…). Cet accaparement prédateur de la vie que les pouvoirs publics ont offert aux capitaux privés au nom-alibi de la science est aberrant ! L’histoire des 30 dernières années montre que les brevets ont été et restent l’instrument-clé de l’enrichissement financier des entreprises pharmaceutiques, de la privatisation des systèmes de santé et du conséquent démantèlement de la sécurité sociale publique et du droit à la santé. Dans ce contexte, ce n’est pas étonnant que les inégalités sociales dans la couverture sanitaire des populations entre pays riches et pays appauvris et entre les classes sociales n’aient fait qu’augmenter. La pandémie du Covid-19 confirme que les politiques mises en place à ce jour n’ont pas empêché l’aggravation des inégalités à tous les niveaux.

[…} Cette politique plonge ses racines dans l’abandon du principe des droits universels à la vie en tant qu’inspiration fondamentale du vivre ensemble et de la reconnaissance des biens et des services essentiels pour la vie en tant que biens communs publics mondiaux. Le principe et la reconnaissance ont été à la base de l’État de droit et de la société du welfare et de l’obligation des États de garantir les droits universels par la sauvegarde, le soin et la promotion des biens communs publics mondiaux.

Cette politique a un nom. Elle s’appelle « la politique de l’accès équitable et à prix abordable via le marché aux biens et aux services essentiels pour la vie ». Elle fait partie intégrante du système de « gouvernance économique mondiale » mis en place à partir des années 1980 en substitution du système de gouvernement public. La substitution a été faite au nom des thèses « gouverner sans les gouvernements », « moins d’État », « forget governments, company rules, OK ».

La santé, comme l’eau, l’alimentation, le logement et le transport font partie des biens communs de l’humanité auxquels chacun doit pouvoir accéder dans l’égalité, en dignité et dans la justice. Leur privatisation est le résultat d’une vision du monde essentiellement économique, marchande, utilitaire, inspirée par la rivalité et l’exclusion.

Notes

1 « Défendre le droit à la santé de tous les habitants de la Terre », Agora des habitants de la Terre (collectif inter-national rassemblé à l’initiative de Riccardo Petrella), 24 octobre 2020. www.artistespourlapaix.org/?p=19412